Yto Barrada – La Migration

Yto Barrada Artiste, directrice de la Cinémathèque de Tanger

La Migration

Pour le cinquantième anniversaire de ma mère, je voulais retrouver ce film dans lequel elle avait joué, et qu’elle n’avait jamais vu en projection. Elle se souvenait d’un détail : elle portait ses propres vêtements, une longue jupe à fleurs.

Nous avions toujours conservé des photos en noir et blanc du tournage sur lesquelles était inscrit, en lettres capitales blanches, LA MIGRATION, un film de Ahmed Rachedi. Elle disait qu’elle y tenait la tête d’affiche.

Pas d’autres traces, mais quelques indices précis :

Son cachet lui avait permis de payer un voyage à Lisbonne pour assister à la Révolution des OEillets. Le tournage date donc de 1974.

Les deux scènes dans lesquelles elle jouait avaient eu lieu à Paris, l’une sous un métro aérien, et l’autre dans un commissariat.

Le film avait été terminé puisque Scherazade, la soeur de sa belle-soeur, l’avait reconnue un soir à la télévision algérienne.

1994. Les 50 ans approchent. Je retrouve le réalisateur dans l’annuaire et je me rends à son bureau sur les Champs-Élysées. Pas très expansif, il me dit qu’il n’existe pas de copie, et qu’il ne possède pas non plus de VHS ; pour le voir, il faudrait faire un nouveau tirage. Il me tend sa carte de visite avec le nom du laboratoire et m’assure que celle-ci suffira comme autorisation.

Une fois sur place, le prix exorbitant du tirage (3 000 francs de l’époque il me semble) me contraint à abandonner le projet, et la surprise. 2011. Je cherche sur imdb et ce film ne figure pas dans sa filmographie

.Était-ce un téléfilm ? Un oubli ? Le titre avait-il été modifié ? En 1974, rien ; en 1973, Le Doigt dans l’engrenage, témoignage sur les travailleurs émigrés ; en 1978, Ali au pays des Merveilles.

Je dirige une cinémathèque à Tanger et j’organiserai sans doute un jour une rétrospective des films de Rachedi que je calerai sur l’anniversaire de ma mère.