Tim Lucas – One in Twenty Thousand

Tim Lucas Critique de cinéma, rédacteur en chef de la revue Video Watchdog

One in Twenty Thousand

Nous vivons aujourd’hui dans un monde où trop de choses nous sont facilement accessibles. Nos sens sont engorgés. Pendant ces quarante dernières années, j’ai ardemment désiré revoir le film de George Franju Thomas l’imposteur, que j’avais vu une fois lors d’une projection universitaire – à la suite de quoi le film semblait avoir disparu de la surface de la terre. Cette année, j’en ai finalement trouvé une copie… Plusieurs mois se sont écoulés, mais je n’ai toujours pas pris la peine de le regarder – le posséder semble me suffire. Si une copie du film perdu de Lon Chaney, London After Midnight, tombait entre mes mains, il pourrait bien se passer des jours ou des semaines avant que je ne le regarde. Au lieu de quoi, que ferais-je ? Je partirais intensément à la recherche d’un autre objet à posséder et à délaisser.

Cependant, au cours de ma vie, il y a un film que j’ai vu dont personne ne semble connaître l’existence. Il s’agit d’un court métrage intitulé One in Twenty Thousand, avec Richard Boone. Je l’ai vu en cours de biologie, en sixième, il s’agissait donc d’une copie 16mm de location. Au vu de mon souvenir de l’aspect de Boone dans le film, je dirais qu’il fut réalisé à la fin des années soixante. Dans le film, Boone jouait son propre rôle, celui d’un homme que sa dépendance au tabac mène à un cancer du poumon, et qui se voit contraint à l’ablation d’un poumon malade. On y trouvait des images très crues de la véritable opération du poumon, noirci par le goudron, de Boone. Je me souviens que notre prof avait prévenu la classe qu’une telle scène figurait dans le film, que c’était même la raison d’être du film et qu’il excusait d’avance ceux dont l’estomac ne supporterait pas les images. Je suis resté, j’ai regardé, et c’est resté gravé dans ma mémoire. Non seulement l’image de l’ouverture de la poitrine de Boone, des deux moitiés de son torse écartées, de sa cage thoracique repliée, mais aussi le jeu de Boone dans les autres scènes, dramatiques malgré leur nature documentaire. Bien des années plus tard, j’ai été étonné d’apprendre que l’acteur n’était pas mort de son cancer du poumon, mais d’une pneumonie survenue alors qu’il luttait contre un cancer de la gorge.

En quarante ans, je n’ai trouvé qu’une seule référence écrite à ce film : un article sur le net intitulé « Alcool, drogues et éthique » par Don Lutz, auteur de The Weaning of America 1. Il écrit : « Il y a environ trente ans, j’ai été ému aux larmes par un film d’une demi-heure réalisé par l’acteur Richard Boone. Boone était un fumeur invétéré, souffrant d’un très grave cancer du poumon. Il jouait son propre rôle dans le film, dont le but était de montrer la douleur et la souffrance causées par une dépendance à la nicotine. Le film a apparemment été diffusé une seule fois, un dimanche matin de bonne heure. Peu de gens ont vu cette histoire déchirante ; elle n’eut pas d’effet notable sur les bénéfices de l’industrie. »

Traduit de l’anglais par Olivia Cooper Hadjian et Aurélia Georges