Serge Chauvin – Simone

Serge Chauvin Maître de conférences en littérature et cinéma américains à l’université de Nanterre, traducteur et critique

Simone

Dans la torpeur de l’été 1985, l’INA programmait, à la télévision publique, des films singuliers. L’un d’eux s’imposa comme un météore – tant par son éclat que par sa trajectoire fugitive. En effet, quoique plusieurs fois primé au festival de Belfort, Simone ne sortit jamais en salles, et ne fut suivi, à ma connaissance, d’aucun autre long métrage. Reste le souvenir, fragmentaire, d’un éblouissement.

Simone, c’était la rencontre, la collision plutôt, de deux femmes d’âge différent, interprétées par deux Pascale (Audret et Bardet). L’amour s’y éprouvait sur le mode de la scène – interminable, infiniment répétée, comme l’a décrite Barthes dans Fragments d’un discours amoureux – et surtout de la possession : l’autre ne se laisse pas posséder, mais vous possède tel un succube. La mémoire imparfaite convoque un climat morbide, des intérieurs étouffants : appartement, chambre d’hôpital… Je n’ai su que plus tard que le film jouait d’une mutation progressive des couleurs, dévorant espace et objets sur un mode délibérément irréaliste. Mais le noir et blanc du vieux téléviseur se prêtait bien au poudroiement spectral, quasi dreyerien, de ce conte vampirique. Par son fantastique tapi dans la texture même de l’image, le film s’inscrit dans une généalogie secrète du cinéma français, qui va de Vampyr et Cocteau à Rivette et Garrel. Et comme il se doit, il est lui-même devenu fantôme. Mais s’il hante encore les pensées, on aimerait, rien qu’une fois, le revoir s’incarner.