Serge Bromberg – Films perdus

Serge Bromberg Directeur de Lobster Films, chercheur et restaurateur de films

Films perdus

Plus de la moitié des films tournées depuis 115 ans dans le monde ont aujourd’hui disparu, et parmi eux quelques chefs d’oeuvre, véritables Graals pour les cinémathèques.

Champion parmi les champions, Les Quatre diables, de Murnau (l’auteur de Nosferatu), tourné en 1928. Mais il y a aussi Thérèse Raquin de Jacques Feyder (1928), la version longue des Rapaces (Erich Von Stroheim), film mutilé avant sa sortie en 1924, La Mouette (The Seagull, 1926), réalisé par Joseph Von Sternberg, et produit par Chaplin qui n’aimait pas le film. Il est également probable que nous ne reverrons jamais Le Patriote, d’Ernst Lubitsch, invisible depuis 1928, ou La Femme Divine (Divine Woman, 1928), avec Greta Garbo. Quant au Pré Bejine, film fantôme tourné par Serguei Eisenstein en 1937, il a brûlé avant sa sortie, et seule la première image de chaque plan a survécu.

Côté comiques, Hats Off, court-métrage avec Laurel et Hardy (1927), Her Friend the Bandit (1914), avec Chaplin, ou Humorisk (1921), avec les Marx Brothers, n’ont pas été vus depuis leur production. Quant aux Trois Ages (Three Ages, 1923), le premier long-métrage de Buster Keaton, il n’est visible que dans une copie affreusement mutilée. Il manque encore 300 films de Georges Méliès (sur les 500 qu’il a tournés), ou le montage « director’s cut » de La Splendeur des Amberson (Orson Welles, 1920).

Mais c’est bien connu, il n’y a pas de films perdus, il n’y a que des gens mal informés. À force de recherches, quelques-uns de ces joyaux invisibles ont pu êtres récemment retrouvés. Rien qu’en France, ont été découverts Matinee Idol (de Frank Capra), ou Bardelys le Magnifique (de King Vidor), film d’aventures flamboyantes avec John Gilbert. Récif de Corail, avec Jean Gabin et Michèle Morgan, n’existerait plus si une miraculeuse copie n’avait été retrouvée à Belgrade, en Serbie. Ou encore Upstream, réalisé par John Ford en 1927 et retrouvé en Nouvelle Zélande, un film perdu et… assez médiocre.

Ces chefs d’oeuvre invisibles font plus que nous manquer. Ils sont notre part inconnue, nos trésors enfouis. Comme le cinéma, ils constituent désormais l’étoffe dont on fait les rêves.