Raymond Bellour – Les court-métrages documentaires de Ritwik Ghatak

Raymond Bellour Chercheur, écrivain

Les court-métrages documentaires de Ritwik Ghatak

Depuis que j’ai découvert L’Etoile cachée et les autres films de fiction de Ritwik Ghatak, et su qu’il était un des plus grands cinéastes de tous les temps, j’ai rêvé de voir ses courts films documentaires, réalisés entre 1955 et 1975, ponctuant ainsi sa carrière. J’en ai découvert l’existence dans le livre de Ghatak, Cinema and I (Calcutta, 1987), où ils sont recensés avec de brèves indications.

Ce livre contient un texte, vieux de 1967, sur le documentaire, « La forme de cinéma la plus passionnante », que nous avons publié dans Trafic (n° 7, été 1993). D’où l’envie, d’autant plus, de découvrir comment l’âpreté incroyable des rapports de plans, d’une force inégalable dans la mise en scène des corps et de leurs conflits, pouvait se développer à même la réalité des choses, et ainsi comme en elle-même, à l’état le plus brut. Les deux objections rencontrées, concernant la possibilité de voir un jour ces films, quand j’en ai un peu parlé autour de moi, tenaient (sans parler des questions de droits, d’accès, etc.) soit à leur peu d’intérêt, soit à l’état désastreux des copies.

Autant j’ai cru la seconde raison, autant j’ai douté de la première. Je sais aujourd’hui, grâce à la passion de Sandra Alvarez de Toledo pour Ghatak et au livre qu’elle prépare sur son oeuvre, que si certains sont perdus et d’autres encore inconnus, parmi tous ceux qu’elle a pu voir, plusieurs sont beaux ou d’une force étrange. Et j’attends la rétrospective Ghatak de la Cinémathèque française prévue pour juin 2011 pour enfin vérifier ce que j’attends depuis vingt ans.