Olivier Père – Melvil

Olivier Père Directeur du Festival del Film Locarno

Melvil

Melvil (2006) est à la fois la conclusion d’un travail entrepris par le comédien Melvil Poupaud dès l’enfance, et aussi une ouverture vers une matière cinématographique et poétique beaucoup plus complexe, mêlant le fantastique et le quotidien, le romanesque et l’intime, avec une profusion d’images et d’idées saisissantes. Cet autoportrait en forme de retable, miroir à trois faces, est un film à la première personne, mais la personne Melvil ne cesse de se dédoubler et de se métamorphoser devant la caméra, tour à tour fils, père, lui-même et un autre. Dans la première aventure, « Le Fils », il incarne un extraterrestre nu atterrissant dans une forêt (entre Terminator, Predator et Tropical Malady) et observant une famille dans une maison de campagne, avant de la rejoindre. Est-il une présence invisible, l’ange de la visitation, ou l’enfant prodigue qui (se) fait du cinéma ? Dans la seconde histoire, « Le Recours », Melvil avec sa femme et sa fille en vacances est remplacé par un deuxième Melvil sans que personne ne remarque la substitution, dans la lignée d’un conte de Maupassant, de Poe ou des films de son mentor Raúl Ruiz. Dans « Le cinéma », Melvil entre deux prises d’un tournage de François Ozon tue le temps dans sa chambre d’hôtel, et l’hyperréalisme glisse insidieusement vers le cauchemar.

J’ai présenté Melvil en séance spéciale et unique à la Quinzaine des Réalisateurs en 2006 à Cannes, puis à Athènes la même année, avec son auteur. Deux projections seulement. Melvil Poupaud, dans un triple geste de dandysme, de pudeur et de modestie, n’a pas souhaité la diffusion commerciale et l’édition DVD de son unique long métrage.

C’est donc le secret le mieux gardé du cinéma français alternatif, et un des derniers films véritablement « underground ».