Martin Koerber – Dialogue with a Woman Departed

Martin Koerber Conservateur, Cinémathèque de Berlin

Dialogue with a Woman Departed

Mon « film invisible » est Dialogue with a Woman Departed (1980) de Leo Hurwitz. Quand ce film a été projeté en Allemagne en 1980, il m’a profondément ému et j’ai eu la chance de pouvoir en parler avec Leo Hurwitz, venu en personne le présenter. Je ne partageais pas nécessairement tout ce qui était dit dans le film et pensais que certaines opinions politiques de son auteur étaient discutables, ou plutôt qu’il menait des « batailles d’un autre temps », mais ce film m’a aussi enthousiasmé pour plusieurs raisons. C’était un message de « l’autre Amérique », celle que nous aimions depuis toujours mais qui pouvait si rarement faire entendre sa voix. Un tour de force esthétique qui conjuguait des images documentaires et des sons de plusieurs époques et d’une multitude de sources. Fait d’images poétiques empruntées à la nature comme au paysage urbain de New York, le film racontait la vie de son auteur et l’histoire de son oeuvre, tout en évoquant quelqu’un d’autre, Peggy Lawson, la femme de Leo (sa collaboratrice sur de nombreux films), avec ses mots à elle – et peut-être même sa propre voix. Le film est à la fois une histoire du XXe siècle et de ses combats politiques et le tendre souvenir d’une relation qui englobait tout : le Travail, la Vie et l’Amour, vécus, ressentis et remémorés, pas forcément toujours dans cet ordre. Ce film a disparu des circuits de distribution et je n’ai pas connaissance de son éventuelle conservation dans des archives, ni de l’endroit où peut se trouver le négatif etc. Toutes les copies disponibles lors de la sortie ont sans doute disparu après avoir servi pendant de longues années — ou si elles existent encore physiquement, elles traînent probablement au fond d’un placard et ont viré au rose. Tourné en 16mm, ce film est particulièrement vulnérable puisque c’est désormais un « format obsolète » dans la plupart des lieux qui projettent encore de la pellicule. J’adorerais le revoir, et j’adorerais qu’on me dise que le film est hors de danger, le négatif original et le son conservés dans de bonnes conditions, que des copies en bon état peuvent être louées, ou même qu’il en existe une bonne version HD numérisée… qui sait ?

Tom Hurwitz, le fils de Leo, qui est lui-même réalisateur et vit probablement à New York en sait sans doute plus. On peut peut-être retrouver sa trace.

Si possible, ne nous contentons pas d’un chapitre du catalogue, mais, S’IL VOUS PLAIT, programmez autant de ces films invisibles que faire se peut — sinon ils resteront invisibles, peut-être pour toujours !

Traduit de l’anglais par Muriel Carpentier