Marcel Hanoun – Invisible enfermement

Marcel Hanoun Artisan d’OVNI (objets visuels non-identifiés…)

Invisible enfermement

Le crime de tout créateur, celui de chaque cinéaste est-il seulement de « vouloir exercer librement son activité » ? Il est peu de cinéastes, même s’ils sont mis en prison de pierres et de béton, qui ne fussent prisonniers, empêchés d’oeuvrer, d’exercer librement leur création.

Il n’est guère, ou peu de films, invisibles, cachés (tout au plus masqués, travestis d’émotion de bons sentiments et de compassion).

Il n’est que cinéma discontinu, sans fin ni commencement, il amorce et prolonge virtuellement le réel. Tout cinéma est a priori visible, même fragmentaire. L’invisibilité n’est qu’une part maudite de l’insoutenable réel.

Seul circule librement un cinéma dicté, de récitation, non l’énoncé de ses réelles structures, le hors-champ industriel, économique, de la production à la diffusion, en passant par la propagande.

Plus que des copies de films qui dorment dans leur boîte attendant d’être réveillés (au Bois-dormant d’Arcy, par exemple), il est un infracinéma, par essence imaginaire (qui ne se fera, ne se montrera que rarement, exceptionnellement), dont le sens se love dans les chicanes de l’invisible, dans les arcanes de nos éveils, de nos prises de conscience. Ce cinéma est la révélation d’un détissage secret, comme interdit.

Il n’est d’invisible enfermement d’un cinéma que dans l’oubli, l’exil, l’effacement.

L’histoire réelle du cinéma se constitue hors du déroulement de son historicité purement narrative et visuelle, en un présent figé ou répétitif, factice, univoque.

Aucun film n’est visible si ce n’est par son réel, à travers la pensée structurée de son film, du cinéaste à l’oeuvre, présent/caché, transparent, anonyme, invisible, Auteur non de lui-même, mais d’un objet audio-visuel.

Annexe : j’aimerais revoir un film autrichien des années 70 (j’en ai oublié le titre), de Titus Leber, sur Schubert représenté par un petit garçon.

J’aimerais montrer mon film Jeanne, aujourd’hui (65’, 2011) pour pouvoir confronter l’avis d’un Critique à l’opinion des autres. Il ne sut pas redire tout bas, rumeur, (comme il pensa tout haut après une projection intime à Chaillot : « Je retrouve toute l’émotion que j’ai eue ici même, lorsque je vis pour la 1re fois la Jeanne de Dreyer. » Je le crois jusqu’ici…

Ndr : Schubert (titre original : Fremd bin ich eingezogen) est un film de Titus Leber (1978, Autriche, 75 min.)