Luc Moullet

Luc Moullet Loueur d’appartements, cinéaste

J’ai beaucoup aimé Adorable Capucine, premier film de Daniel Daert, que j’ai vu vers 1971, et qui est resté inédit. Le film est fondé sur un excès de guimauve, de bons sentiments, assez kitsch, de mièvrerie.C’est presque surréaliste. Stupéfiant. Premier degré ou second degré, conscience ou inconscience ? Je ne sais. Daert, qui était sorti très marqué de la Guerre d’Algérie, ne voulait plus faire que des films qui réjouissent les gens. Après cet échec – une Bécassine au lendemain de mai 68, vous vous rendez compte ? – Daert vira sa cuti et passa au porno, pour lequel il était peu doué. Il coproduisit le remarquable premier film de Breillat, Une vraie jeune fille. Capucine fait un peu penser à l’admirable Je vous ai toujours aimé de Borzage.

J’aimerais aussi vous parler de Feet of Clay (Le Tourbillon des âmes, DeMille, 1924), perdu je ne sais pourquoi. Il avait pourtant bien marché : 904.383 £ de recettes pour un coût de 513.636,27 £.

Il y en a quelques secondes dans un film sur DeMille, mais c’était sur une K7 grande vitesse. Paraît qu’il y aurait une copie aux Antipodes, peut-être figure-t-elle parmi les 100 films récemment retrouvés làbas. Le film se situe entre le stupéfiant Triumph et le chef d’oeuvre de Cecil The Golden Bed. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un grand film. Le sujet rappelle Sorrows of Satan, que Griffith piqua à DeMille. Le héros, Kerry, est un champion de natation, qui se fait bouffer la jambe par un requin en sauvant la vie de sa femme Amy, belle-soeur de Bertha, épouse d’un grand chirurgien, qui rafistolera la jambe de Kerry, condamné à rester un an au repos. Pour faire vivre le couple, à la suite du chômage forcé de Kerry, Amy devient modèle. Bertha, amoureuse de Kerry, rôde autour de leur logis. Traquée par son mari, elle se défenestre. Le jeune couple, réduit à la misère et marqué par le scandale de la liaison supposée, se suicide au gaz. Arguant de ce qu’il y a eu quiproquo, le couple, arrivé dans les limbes, obtient un sursis pour revenir sur terre (cf. Liliom). Stupéfiant ! Je crois que c’est l’une des quatre grandes pertes de l’histoire du cinéma, avec The Great Love de Griffith, Le Patriote de Lubitsch et Lena Smith de Sternberg.