Lionel Soukaz

Lionel Soukaz Cinéaste

Le film que je voulais vous proposer et qui est devenu invisible est en plus innommable – à la demande des réalisatrices elles-mêmes, donc je ne peux même pas en parler, ni dire le titre car j’ai peur des représailles… Pourtant c’était un très beau film, drôle, poétique et quelque peu hystérique avec la troupe d’acteurs de la « Banque du sperme », film culte avec Bertrand D’A., Jean-Francois Torre Melgrani, Pierre Chabal, Jean Louis Bernard, Christian Chassin, Serge Cassado, Christopher L, Melinda, et le petit Robert etc. D’ailleurs cela me rappelle un autre film invisible de Philippe Genet sur le FHAR, Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, des entretiens avec Jean-Paul Mandopoulos, Jean-Francois Torre Melgrani, le petit Alain etc. Film disparu.

Alors me reste aussi un vague souvenir d’un entretien avec Kenneth Anger ou il me parlait de ses films perdus à lui, dont un emmené, volé, détruit, par Bobby Beausoleil, son acteur fétiche, emprisonné, mais j’ai oublié les titres et ne retrouve plus cet interview paru dans un Gai pied de 1982 ou 83… Alors me restent mes propres films perdus : un en super 8 de 1970 ou 71 sur les 24 Heures du Mans, film expérimental dû à la nuit où ne passaient que des lumières en accéléré, film vraiment perdu pour le coup, donc invisible mais sans grand intérêt.

Alors je me souviens d’un film de Norbert Terry, film porno des années 70 où je jouais mon propre rôle – enfin, celui d’un réalisateur de films érotiques – mais impossible de me souvenir du titre. Du même réalisateur, je suis presque sûr que ses autres films ont disparu, une seule copie pour une seule salle, le Dragon, rue du Dragon à Paris 6e, probablement de l’inversible… Il y a aussi les films pornos de Jack Deveau, Américain génial, et ceux d’Alfo Arrieta mais sont-ils vraiment invisibles ?… Les intrigues de Sylvia Cousky, Flammes etc.

Mais le vrai et grand film invisible, c’est évidemment le film de René Vautier sur la répression d’une grève à Brest en 1950 ou 51 dont le titre si je me souviens bien est Un homme est mort et René Vautier raconte qu’il l’a lui-même jeté à la poubelle, excédé par l’état du film – en lambeaux après trop de projections. Une bande dessinée a été faite récemment sur l’histoire de ce film… Mais je ne dois pas être seul à m’en souvenir et Nicole Brenez a dû vous le proposer, ce vrai film perdu à jamais et totalement invisible, mais qui continue à exister en mythe et en bande dessinée… La bande-son avait été sauvée, la lecture d’un poème d’Eluard, et détruite aussi je crois, mais reste le poème et le souvenir de la lecture de ce poème totalement déformé par un ouvrier participant à la grève… René Vautier pense d’ailleurs qu’un film vu et revu peut mourir de sa belle mort une fois son rôle joué, son utilité de transmission de rébellion, de protestation accompli…