Joachim Lepastier – Hollywood Tower, un (projet de) film de René Daalder (avec la collaboration de Rem Koolhaas) et Russ Meyer (1974).

Joachim Lepastier Critique de cinéma

Hollywood Tower, un (projet de) film de René Daalder (avec la collaboration de Rem Koolhaas) et Russ Meyer (1974).

« 1974. La mort d’Hollywood, mais tel le phénix, c’est pour mieux se réinventer. Suite à leurs rachats par de richissimes magnats du pétrole, les studios abandonnent les tournages en prises de vues réelles sont abandonnées et les films sont produits par des bases de données et des ordinateurs qui peuvent faire rejouer à leur guise toutes les stars du passé. Ce nouvel Hollywood virtuel excite la curiosité de l’administration Nixon qui cherche à remettre en selle certaines vieilles gloires amies. La résistance s’organise sous la forme des derniers tournages « en chair et en os » sous la houlette de Russ Meyer, le dernier magnat d’un septième art réellement humaniste ». En voilà un beau scénario méta sur la mort et la renaissance de cet éternel phénix, le cinéma. Cet Hollywood Tower, écrit donc il y a plus de 35 ans, synthétise le Hollywood des années 70 (la fiction paranoïaque y croise le porno libertaire) et anticipe celui des années 2000 (l’avènement du virtuel). Trop en avance sur son temps, resté au stade d’un scénario proposé, donc, à Russ Meyer, ce projet était principalement porté par René Daalder (pionnier des effets spéciaux digitaux dès le début des années 70), mais Rem Koolhaas (futur architecte démiurge et théoricien de la frénésie urbaine) y apporta aussi son concours. Ce fantasme de film peut se voir comme l’aboutissement de la longue amitié libertaire entre Daalder et Koolhaas, amitié qui trouvait sa source au sein du groupe 1,2,3…, collectif démocratique et anti-auteuriste (au sein duquel gravitaient également Jan De Bont et de futurs noms du design) ayant lâché une poignée de films potaches et vaguement situationnistes dans la sage Hollande de la fin des années 60. Dommage que le début de leur aventure américaine n’ait pu concrétiser ce scénario et se soit limité à une brève rencontre avec leur idole Russ Meyer (placé sur l’échelle des valeurs du groupe à égalité avec Fassbinder) qui ne se sentait pas les épaules pour un tel film, malgré des contacts pris également avec Tippi Hedren et Chet Baker pour la musique. Restons longtemps à fantasmer sur ce beau chant du cygne d’un groupe cinématographique totalement inconnu mais dont on ne peut saluer que les géniales intuitions. Car enfin, un récit qui prophétise, avec au moins vingt ans d’avance, Second Life (version glamour qui plus est), la relecture des mythes et de l’histoire secrète des USA « à la James Ellroy », les frères Wachowski et le cinéma en motion capture, on ne doit pas en trouver beaucoup dans les tiroirs ! Sources : Interview de Rem Koolhaas dans le Spiegel, 27 mars 2006 « Le film à l’envers, les années 60 de Rem Koolhaas », article de Bart Loosma, revue Le visiteur, automne 2001.