Brad Stevens – The Queen’s Guards (Michael Powell, UK, 1961)

Brad Stevens Critique de cinéma

The Queen’s Guards (Michael Powell, UK, 1961)

Récemment, j’assistai avec quelques amis à une projection du Voyeur (The Peeping Tom) (1960) de Michael Powell à Londres, à l’occasion du 50e anniversaire du film. Au cours de la discussion qui suivit, j’affirmai qu’à cause du scandale que provoqua le film chez le public, Powell ne fut plus jamais autorisé à faire de long métrage au Royaume-Uni. Je me rendis compte par la suite que c’était faux. En effet, dans l’année qui suivit le Voyeur, Powell réalisa The Queen’s Guards, un film qui semble avoir presque complètement disparu.

Parmi le petit nombre de gens qui l’ont vu, personne ne semble penser grand chose de The Queen’s Guards, tourné pour la 20th Century-Fox. Dans Arrows of Desire : The Films of Michael Powell and Emeric Pressburger (Ed. Watersone, 1985), Ian Christie estime que c’était « presque un acte de repentir » de son précédent film ; Powell lui-même le qualifiait de « moment de cinéma le plus médiocre que j’aie jamais produit ou réalisé ». Pourtant les descriptions de la structure narrative — qui met apparemment en scène un officier de la Garde (Daniel Massey) se souvenant de son cadet à l’entraînement et au combat en une série de flashbacks — suggèrent un possible rapprochement avec The Life and Death of Colonel Blimp (1943).

De même, il semblerait qu’il y ait quelque chose du Voyeur dans la double tentative du protagoniste d’imiter et de s’opposer à son père — excessivement traditionnel et curieusement interprété par le propre père de Massey.

On ne manquera pas de noter que ce fut aussi la dernière des trois tentatives de Powell de travailler en format panoramique, ses autres longs métrages en panoramique, Oh… Rosalinda ! (1955) et Lune de Miel (Honeymoon) (1959) étant eux-mêmes réputés invisibles (je n’ai pu voir que le second diffusé dans le format télévisé 4/3).

The Queen’s Guards n’a pas été diffusé à la télévision britannique depuis 1974, ni – pour autant que je me souvienne – projeté en salle depuis sa programmation dans le cadre de la rétrospective Michael Powell au festival de San Sebastian en 2002. Le film est peut-être aussi mauvais que l’affirment ceux qui l’ont vu, mais les photos disponibles laissent penser que Powell était en tout cas sensible au potentiel émotionnel du cinéma en couleur. Comme oeuvre tardive du plus grand cinéaste britannique (exception faite d’Hitchcock qui réalisa ses films majeurs en Amérique), ce serait lui faire affront que de le laisser croupir dans l’ombre.

Traduit de l’anglais par Muriel Carpentier