Boris Lehman

Boris Lehman Cinéaste

Des films perdus, invisibles, oubliés, il y en a tant.

Je rêve de voir un jour la version intégrale des Rapaces d’Eric von Stroheim, La Mouette – A Woman of the Sea de Joseph von Sternberg, La Vie d’un acteur de Mizoguchi. Le dernier film réalisé par Albert Lamorisse en Iran (Le Vent des amoureux). Lamorisse est mort dans son hélicoptère pendant le tournage.

J’ai perdu personnellement une centaine de films, en une quarantaine de déménagements notamment, mais aussi dans des studios, des laboratoires, des ministères et des cinémathèques qui les ont jetés ou abandonnés. On finit par penser qu’ils n’ont jamais existé.

Mais on peut aussi penser que s’ils n’étaient pas assez bons pour résister au temps, c’est que ça devait arriver et c’est très bien ainsi.

Bien entendu, j’ai un petit battement de coeur quand je repense aux deux films tournés avec John Cage (3 minutes de silence) à Liège et à Montréal, celui commencé avec Joseph Morder (Les Aventures de Joseph). Les Mangeurs de Grotte, tourné dans les grottes de Han, était magnifique – je me souviens d’un vieux type assis tenant un pain dans les mains, de chevaux endormis, mais surtout de la course du soleil couchant, que j’avais filmée image par image avec ma Bolex, qui suivait très exactement la descente du guide dans la grotte, tenant un flambeau à la main. Les Pieds, tourné à la fin des années 50, très court métrage improvisé en noir et blanc, sur un type obsédé par les chaussures, qu’il vole aux passantes dans la rue. A la fin, on le voyait tirer au bout d’une longue ficelle un nombre incroyable de chaussures.

Dans Pourrir en Guyanne de Thierry Zeno, tourné en super 8 dans le Lavandou, je jouais le rôle d’un chien. Dans Via Bruxelles, première version du film Bruxelles Transit, de Samy Szlingerbaum, je jouais le rôle principal auprès de mon amie de l’époque.

Il y avait aussi un film inspiré d’un poème d’Aragon, Celui qui croyait au ciel…

Mon ami Daniel De Valck a fait au début des années 90, dans le quartier africain de Bruxelles dénommé Matongué un film intitulé Sango Nini. Devant tirer une copie pour la télévision française, ne la voyant pas venir, il s’inquiète auprès du laboratoire, qui lui dit qu’on ne peut plus tirer de copie parce que le négatif a été jeté – par erreur. Il a été mis dans une mauvaise pile. C’est la faute de la femme de ménage portugaise, qui ne savait pas lire le français. Le laboratoire ne se sent aucunement responsable. Ce fut alors une véritable course pour rattraper les camions poubelles. Trop tard, les films étaient déjà tombés dans l’incinérateur. Le cinéma n’est jamais là où on l’attend.