Aurélia Georges – Stars in My Crown

Aurélia Georges Cinéaste

Stars in My Crown

En matière de films invisibles, voici ceux qui nous semblent tels parce qu’ils n’existent pas en DVD. Ils ne sont pas à disposition. Il faut les voir projetés dans une salle. Les attraper au vol, comme autrefois, en somme. Stars In My Crown, (1950) de Jacques Tourneur, a été montré lors de la rétrospective du cinéaste au Centre Georges Pompidou, en 2003. Je suis retournée à la dernière projection, consciente de sa rareté, et illuminée par sa splendeur. Étoiles d’un Tourneur moraliste, peintre de la société américaine ; presque un western, comme ses magnifiques Stranger On Horseback et Wichita, mais un western de pasteur (le pasteur est comme le shérif, un gardien). Tourneur est un cinéaste aimé, à en juger par les étoiles qu’il allume dans les yeux de mes amis et camarades cinéastes. Est-ce sa relative rareté qui alimente la fascination qu’il exerce ? Ou estce le secret intérieur à nombre de ses films, la soustraction qu’il opère par la forme, cette économie d’effets, qui rend ses plans si beaux… Stars In My Crown n’est pas le plus secret de ses films, il est même assez ouvert. Sa générosité est dans son didactisme, l’art du plaidoyer, qui l’apparente pour moi au cinéma de Capra, tant aimé dans M. Smith ou Lost Horizon. C’est la croyance en ce pays – portée par des chantres nés en Europe… Leur cinéma comme le pays croit en la parole, en la déclaration, en la profération. Dans l’écrin d’un noir et blanc superbe, le drame fait monter nos larmes, et on sauve un homme avec des mots.