Andrew Lampert – The Sweet Smell of Sex

Andrew Lampert Conservateur à l’Anthology Film Archives

The Sweet Smell of Sex

En tant qu’archiviste, j’ai passé beaucoup de temps à fouiller dans des boîtes, à exhumer des bobines perdues dans les rayons de l’Anthology Film Archives. Il m’arrive souvent d’être contacté par des personnes ingénues qui retrouvent des films et ne savent pas quoi en faire. Je suis sans cesse amené à me souvenir qu’un nombre incalculable de films essentiels et de mystères restent à découvrir, que des boîtes croupissent dans des placards, des hangars et des brocantes. Quelque part dans cet océan de films perdus se trouve The Sweet Smell of Sex (1965, 72 min.), réalisé par Robert Downey Sr. – lequel, au passage, ne se sent pas particulièrement concerné par le sort de cet étrange film d’exploitation réalisé à la va-vite. Il s’agissait d’une commande qu’il avait acceptée pour payer les frais d’hôpital de la naissance de son fils, Iron Man. Downey s’était déjà fait un nom sur la scène émergente du cinéma indépendant new-yorkais grâce à un courtmétrage de jeunesse, Balls Bluff, puis au moyen-métrage Babo 73, dans lequel apparaissait la future superstar warholienne Taylor Mead.

Ceci dit, cette notoriété dans le milieu du cinéma underground était loin de suffire à payer les factures et Downey avait désespérément besoin d’un contrat. Par chance (ou pas), le scénariste et producteur Barnard L. Sackett se manifesta avec un scénario racontant l’histoire de Bebe, « une fille prétentieuse du fin fond de l’Indiana » qui arrive dans un New York miteux et sordide, et subit les agressions sexuelles de toute une série de pervers locaux. Les supports publicitaires et communiqués de presse retrouvés dans le dossier de Downey à l’Anthology Film Archives affirment que le film « vous emmène un pas au-delà de la réalité » et « torture votre esprit ».

D’autres documents et lettres attestent que le film fut projeté à la Filmmakers’ Cinematheque dirigée par Jonas Mekas. Il y a quelques années, j’ai eu le grand plaisir de travailler à la conservation de Babo 73 et des autres comédies des années soixante de Downey, Chafed Elbows et No More Excuses ; mon désir de retrouver ce film en particulier est donc peut-être avant tout celui d’un collectionneur.

Est-ce que je pense que ce film, renié par son auteur, est un bon film ? À ceci je réponds : est-ce qu’un film outrancier, réalisé sans argent et sans prétentions intellectuelles, parlant « de gens qui s’acharnent à toucher le fond », peut être décevant ?

Si ce film demeurait introuvable, alors mon deuxième souhait serait d’exhumer la seconde bobine de l’autre chef d’oeuvre (potentiel) perdu de Downey, Two Tons of Turquoise to Taos Tonight. Par la suite, ce film a été remonté, rebaptisé, et plus ou moins vu sous le titre Moment to Moment, mais la folie hilarante et la merveilleuse incohérence de la première bobine, récemment redécouverte, nous engage à attendre beaucoup du montage initial.

Traduit de l’anglais par Olivia Cooper Hadjian et Aurélia Georges