André S. Labarthe – Cher Cinéma du réel,

André S. Labarthe Cinéaste

Cher Cinéma du réel,

Vous pensez bien que je ne vais pas me pencher, m’épancher sur mes états d’âme à propos d’un film entr’aperçu un jour de chance puis définitivement disparu de mon horizon. Pendant un instant il aura été le plus beau film du monde et cela me suffit. Invisible ? Non : à jamais surexposé. Mais j’imagine que je ne réponds pas à votre enquête. Alors voilà. Il y a quelques années, pour recenser les films invisibles, c’est-à-dire interdits à toute circulation, il fallait d’abord s’adresser à la Censure. Aujourd’hui, la censure a disparu ( enfin, elle s’est elle-même rendue invisible) mais il y a d’autres lieux où l’invisibilité se fabrique. Le plus connu en France, s’appelle l’Institut National de l’Audiovisuel. Confiez un film à l’INA, et, en effet, vous aurez de grandes chances de ne plus le revoir. Les exemples ne manquent pas.

Enfin pourquoi ne pas reconnaître – en hommage à Edgar Poe – que ces films invisibles tellement recherchés sont là sous nos yeux, partout et à chaque instant disponibles. Ils portent des noms célèbres : L’Age d’Or, La Règle du jeu, La Passion de Jeanne d’Arc… Alors montrer des films invisibles, cela ne devrait-il pas consister à les montrer autrement ? Vous le savez bien : ces films qui hantent salles et histoires du cinéma, en vérité ils ne sont pas vus.

Amicalement.

André S. Labarthe